Chronique du 2juin 1997

Titre : Les femmes sur Internet: mon mari est jaloux

Les articles que j'écris puis les réactions des internautes qui me sont retournées via le courrier électronique et les réflexions des gens, lors de mes communications ou lors de conférences sur la cyberdépendance, mettent en évidence un phénomène intéressant et tout à fait nouveau au niveau sociologique: les femmes sur le net

Je vous invite à prendre connaissance de ce courrier électronique que j'ai reçu et que j'ai du un peu maquiller pour ne pas que la conjointe reconnaisse que son mari m'a écrit confidentiellement: «Salut doc. J'aimerais bien lire ce que vous voyez et entendez au sujet de la nouvelle vague de folie qui m'a emporté cette semaine: je veux parler du TCHATT (Palace ou MIRC par exemple). Un ordi sur Internet, j'appelle ça «une maudite boîte à émotions». je crois que si ce n'était pas de la communication et de l'extrème sol idité de notre couple, nous nous serions séparés cette semaine. Je vous conte un peu mon histoire:

Depuis environ 3 mois, ma femme a découvert le plaisir de communiquer, de se refaire un réseau d'amis comme du temps de l'adolescence (ça me fait penser un peu au CB de la fin des années 70). Elle y passe énormément d'heures par semaine. Sur un tchatt, je sais pas pourquoi, mais les émotions passent très librement et plusieurs personnes perdent le sens du réel. Les liens d'amitié et parfois d'amour se créent très rapidement, donc la passion y est présente.

Moi, j'ai fait un down; je me voyais perdre ce qu'on a accumulé durant 17 ans de mariage. J'ai même consulté un psychologue avec le programme PAE de mon entreprise pour me tirer d'affaire. Puis, pour mon cas, les choses se sont clarifiées et la confiance s'est rétablie entre moi et elle. C'est débile tout ça, non? Enfin, je crois que maintenant le creux de la vague est passé, mais au rythme des nouvelles connections internet, vous n'êtes pas près de chômer. Merci de me lire, bonne journée.

Paul T. Drummondville, Québec.

NB.Je peux pas vous laisser mon e-mail, elle peut lire mon courrier et il y a des choses que je ressens et que je tiens à conserver hors de ses préoccupations.»

Très significatif ce courrier électronique? Représentatif surtout. Il n'y a pas si longtemps encore, je recevais dans mon cabinet de psychologue, des femmes mariées qui étaient seules à la maison toute la journée et qui, à cause de l'ennui, consommaient des médicaments et de l'alcool. Je ne dis pas que certaines de ces femmes ne consomment plus, mais elles consomment un autre produit: Internet.
Les études de marché commencent à cibler la femme au foyer. On voit apparaître, sur Internet, de plus en plus de sites pour les femmes. Rajoutez à cela les nouvelles technologies qui viennent au service des femmes.

Les attitudes des deux sexes face à Internet, sont très particulières et différentes. L'homme arrive à la maison et s'amuse avec le système. La femme elle, tout au long de la journée s'ennuie eet est souvent confinée à son isolement. Dans ces conditions, je peux facilement imaginer que la femme va aller chercher quelque chose de neuf, de distrayant et de captivant sur Internet. J'ai été approché par le Salon de la Femme, qui a eu lieu du 21 au 23 mars 1997, afin de participer à un panel sur la cyberdépendance et l'utilisation de l'Internet pour les femmes. Malheureusement, on n'a pas pu trouver un autre spécialiste en cyberdépendance pour en débattre. Le panel a donc été annulé. Dommage que l' événement n'ait pas eu lieu. Dans ces conditions, j'espère que certains groupes de femmes vont s'intéresser à ce microphénomène: les femmes et l'utilisation de l'Internet, le récupérer et mettre en garde (et en évidence) des femmes qui pourraient développer des difficultés avec le phénomène de la cyberdépendance. Par exemple, tout le monde sait qu'une des dimensions physiologiques de la femme est d'être charmée; alors souvent elle s'en donne à coeur joie afin de se laisser séduire, sur le chattline, par exemple, et se fait prendre à tomber en amour, bien malgré elle ou à nourrir une dépendance affective. Il y a de plus, des risques que le mari se doute de quelque chose.

Va-t-il falloir, dans certaines circonstances, qu'on installe deux ordinateurs branchés sur Internet, face à face dans une même pièce, pour que le couple se parle... par courrier électronique?

Vous voulez réagir? N'hésitez pas à laisser un message sur le «babillard» dans ce salon de discussion. Bonne semaine.




par

Jean-Pierre Rochon M. Sc., psychologue

courriel : rochon@psynternaute.com

© 1997 - Tous droits réservés