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Les jeunes et la dépendance.

 

Il est beaucoup question des jeunes ces temps-ci. Surtout après le Sommet du Québec et de la Jeunesse organisé par le Gouvernement du Québec en février 2000. Mais qui sont-ils au juste ? Pour les besoins de cette chronique nous allons cibler cette catégorie d?âge de 10 à 18 ans. Car, ne l?oublions pas, cette catégorie sociologique est très ciblée : c?est une nouvelle tranche de consommateurs, ce sont nos adultes de demain, bref, la génération montante. De plus, cette catégorie est très sollicitée. Pour cette raison,  au Québec, on a tendance à vouloir la protéger contre elle-même : interdiction de leur vendre des billets de loterie et interdiction de vente de cigarettes, pour les moins de 16 ans, obligation d?aller à l?école, loi de la Protection de la Jeunesse, etc.

 

Pourtant Loto-Québec est montrée du doigt suite à l?émission d?une nouveau CDrom de jeu, conçu pour les jeunes, qui, en principe, doit les amuser, les « initier ». Mais en même temps on peut y acheter des billets de loterie et gagner 25,000.00$ CAN.

 

Les compagnies de tabac ne sont pas sans reproches non plus. Malgré les campagnes de prévention afin de contrer l?utilisation du tabac, il n?en demeure pas mois que ces dernières savent très bien que pour faire des profits, il faut aller chercher les nouveaux fumeurs qui vont acheter leur produit.

 

C?est un secret de polichinelle que nos écoles, et tous les centres de rééducation ou centres d?accueil, sont investis par des pairs ou des bandes de motards criminalisés qui souhaitent la circulation de drogues dans ces établissements. Les jeunes y subissent des pressions sociales afin de « consommer des drogues parce que c?est cool », s?intégrer à un gang, etc. Dans d?autres écoles, certains sont victimes de taxage, conséquence directe d?activités illicites.

 

La dépendance à la cigarette, au jeu, aux drogues sans parler d?Internet existent. La table semble mise pour nos adolescents(tes). Comment peut-on leur reprocher de vouloir consommer ? L?exemple vient de haut. En premier lieu, la famille.

Une majorité des jeunes toxicomanes et/ou alcooliques ont un parent, un frère, un grand-parent qui en souffre. On parle, ici, de culture alcoolique dans la famille. Ils les ont vu consommer et ont pu mesurer la souffrance reliée à la consommation. Qu?importe, ils et elles reçoivent les messages que pour la dépression c?est le prozac; que pour le party c?est la bière, etc.

 

Internet maintenant. On a beaucoup vanté, par exemple, l?apport d?Internet et du multi-médias dans le processus d?apprentissage scolaire des adolescents(tes). Les ados sont souvent les plus capables d?utiliser l?ordinateur à la maison, surtout quand plusieurs parents sont soit ignorants de la science informatique, soit carrément technophobes. Difficile, donc, pour certains parents d?exercer le contrôle sur l?utilisation d?Internet : pornographie, groupes de discussion (les chatlines), agences de rencontres, jeux collectifs conviviaux, etc. Quel temps reste-t-il pour étudier ? Je prévois, à court terme, un phénomène important d?échecs scolaires, relié à l?utilisation d?Internet. Il est facile d?imaginer que, dans certaines communautés les moindrement éloignées des centres urbains, les adolescents(tes) n?ont pour seul loisir que de « naviguer dans le net ». Vouloir rencontrer une petite amie sur le net, mettre en action une sexualité toute naissance avec des hormones fraîchement apparues et fréquenter des sites à connotation sexuelle, etc. Sans être alarmiste, mais, en même temps, réaliste, ont peut affirmer que la cyberdépendance les guettent aussi.

 

Le développement d?une dépendance peut se faire très jeune. En imitant d?abord un adulte. Mais, en même temps, la société de consommation leur envoie des messages et des valeurs très puissantes : le pouvoir par l?argent, le plus beau gadget, le plus performant, la plus puissante des voitures, les vêtements signés, etc. Beaucoup de superficialité et très peu de substance de ce qui devrait les nourrir intérieurement, les aider à se réaliser. On va au plus simple au plus rapide, au plus performant. Et cela risque de créer un vide. C?est pourquoi on observe tant de détresse sociale chez les adolescents(tes). Les jeunes voient souvent leurs deux parents travailler pour se procurer ces produits de consommation. Si ce n?est que pour arriver financièrement, à cause d?une boulimie de ces mêmes produits.

 

Les ados sont influençables. Ils sont amenés à consommer. Ils sont vulnérables pour plusieurs raisons. Ils sont à se façonner, à se construire une personnalité, une identité. Ils ne sont plus des enfants, mais pas encore de jeunes adultes. Afin de s?ajuster avec une réalité de 21e siècle, ils doivent performer, être à la hauteur, s?instruire, s?organiser, commencer à rapporter à la société, etc. La pression sociale peut devenir très forte. D?où les recours à la consommation; dans certains cas c?est un moyen pour fuir la réalité. Au Québec, on rapporte une recrudescence du jeu compulsif chez les adolescents(tes); ils consomment toujours autant d?alcool et de psychotropes; un sondage récent indique que les jeunes, comme les adultes, fréquentent, dans une proportion de 60%, des sites pornographiques dans Internet.

 

Comment s?y retrouver, pour un(e) adolescent(e), entre tous les programmes de prévention dans les écoles contre le tabac, la drogue, l?alcool? A la télévision, quand la réalité de la vie d?aujourd?hui leur retourne en même temps une vitrine sociale faite de suicides chez les jeunes, de taxage dans les écoles, de pauvreté, de chômage élevé, de possibilité restreinte d?emploi sans diplômes, d?échec et d?abandon scolaire, etc?

 

Notre responsabilité est grande si on ne veut pas que nos jeunes deviennent, eux aussi, un produit de cette même société.

 

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Merci.

 

 



par

Jean-Pierre Rochon M. Sc., psychologue

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