[ Chroniques précédentes ]

Ma rencontre extraordinaire avec Stanton Peele Ph.D. du 31 mai au 4 juin 1999.

Stanton Peele, un américain, est avocat et Ph.D. en psychologie sociale.

Il est un des grands spécialistes en dépendance au monde. Il est chercheur, écrivain, intervenant et conférencier international. Dans les années 80, il a influencé toute une génération de professionnels de la santé au Québec (dont moi-même) et dans le monde, à cause de la parution de son bestseller " L’expérience de l’assuétude " (The addiction experience), en 1980. Toute une révolution alors, parce qu’il ouvrait une nouvelle voie aux alcooliques et aux toxicomanes autre que le programme des douze étapes des Alcooliques Anonymes qui occupait une aire très importante à cette époque. Louise Nadeau Ph.D., psychologue, autrefois directrice du certificat en toxicomanie de l’Université de Montréal, a contribué, à cette époque, à ce courant de pensée et à sa diffusion. En 1975 (1991), il a aussi publié un livre intitulé " Love and addiction ", " l’amour est une drogue " et qui fait référence à la dépendance affective.

Sa théorie est simple. Plutôt que de penser, par exemple, que la " maladie alcoolique ou toxicomaniaque " vient directement, en tout ou en parties, de la bouteille ou de la ligne de cocaïne, il propose de regarder " aussi et surtout " du côté de l’environnement de la personne dépendante. Quand on est devenu dépendant avec un comportement obsessionnel-compulsif, la " substance " (alcool, cocaïne, jeu, sexe, nourriture, travail, Internet, etc.) est un moyen de s’adapter à son environnement, de juguler l’anxiété, l’angoisse, de ne pas être en contact avec ses sentiments et ses émotions. Bref, de fuir la réalité.

Stanton Peele propose un modèle non médical à l’addiction.

A travers les années, j’ai continué d’adapter son modèle à ma pratique professionnelle, en aidant les dépendants. Il faut admettre que le modèle proposé par les diverses communautés thérapeutiques anonymes ne convient pas à tout le monde et que ce n’est pas chaque individu qui peut s’identifier au modèle des 12 étapes, au concept de maladie. J’ai un grand respect pour ce modèle qui a aidé des centaines de mes patients. Mais là où la théorie de Stanton Peele entre en ligne de compte dans ma pratique de psychologue, c’est lorsque l’alcoolique ou le toxicomane décide, après avoir investi dans la disparition des symptômes cliniques de la dépendance, d’entreprendre une psychothérapie, afin de " travailler " les éléments qui constituent sa souffrance (abus sexuel, inceste, violence familiale, abandon, etc.), soulagée jusque là par la " substance de prédilection ".

Plusieurs chroniques archivées dans le répertoire scriptural du Psynternaute en parlent amplement et franchement : http://www.psynternaute.com/html/Archives.htm.

Alors donc, il y a deux mois, je reçois un courriel de l’organisation de Stanton Peele ( http://www.peele.net ). Je reconnais le nom de celui qui a été mon mentor il y a 20 ans. Je visite son site et décide de lui envoyer un courriel en lui indiquant qui je suis, traitant les dépendances depuis 16 ans, la dépendance à Internet et tutti quanti.

Spontanément, il me répond en m’indiquant qu’il vient donner une conférence à Montréal, qu’il sera en ville du 31 mai au 4 juin 1999, et qu’il aimerait que je le pilote lors de sa visite au Québec. Je suis devenu extrêmement touché et honoré de cette offre. J’ai assisté à sa conférence, à celles de Madame Louise Nadeau et de Ole-Joergen Skog, un norvégien, tous trois spécialisés en dépendances. Il a, bien entendu, réclamé une visite dans le vieux-Montréal et, surtout, un restaurant typiquement français, les Remparts, sur la rue de la Commune, à Montréal. Les américains n’ayant pas accès facile à cette culture culinaire, européenne et latine, en nord Amérique. Il a visité pour la première fois les Laurentides et il a admiré la beauté du Mont-Tremblant.

J’ai été étonné de remarquer combien nous avions les mêmes vues cliniques par rapport au traitement de la dépendance. Et rajouté à cela, le fait que nos morphologies sont apparentées. Il pourrait passer pour mon frère aîné tellement on se ressemble physiquement. Autant de points qui ont facilité le contact. Nous avons décidé, ensemble, de remettre de l’avant les résultats de ses recherches cliniques et continuer de diffuser un modèle qui est toujours pertinent à l’aube de l’an 2000. Dans ce sens nous avons convenu de collaborer tant pour des conférences publiques qu’à la formation d’intervenants.

Qu’est-ce que la dépendance ? Proposition d’un modèle expérienciel de la dépendance. Les critères de la personnalité dépendante. Comment se débarrasser de la dépendance ? Les autres addictions sans l’effet psychotrope : l’amour-sexe est-il une drogue pour les dépendants affectifs ? Etc. Autant de questionnements qui trouvent réponse dans le modèle clinique que nous mettons de l’avant.

Je collabore, en plus, avec un psychologue-chercheur français dans le domaine des dépendances et qui est à transformer les 16,000 séries de réponses (aux 25 questions) du sondage " Êtes-vous cyberdépendant ? " (http://www.psynternaute.com/html/cyberdependance.htm) que plusieurs d’entre vous ont complété depuis que le site du Psynternaute est en ligne. Ces données seront analysées de manière scientifique et deviendront valides afin d’expliquer davantage le phénomène de la cyberdépendance.

Je vous souhaite de passer un très bel été.

D’autres nouvelles à l’automne.

Pensée : Le sentiment pénètre où l’intelligence ne pénètre pas. (Bonaventure)



par

Jean-Pierre Rochon M. Sc., psychologue 04238-86

courriel : rochon@psynternaute.com

© 1998 - Tous droits réservés


Jean-Pierre Rochon est psychologue, membre de l’Ordre des psychologues du Québec. Spécialisé en alcoolisme, toxicomanie et autres dépendances, il traite les personnalités obsessives-compulsives depuis 1982 et développe une expertise en cyberdépendance depuis 1995.