Le 1er juillet 1997

Les casinos: l’État fait un gros pari.

Malheureusement le Guide Internet, volume 1/numéro 8, de juillet-août 1997, qui vient d’être édité, a omis de spécifier un élément très important de ce site : c’est qu’il y a un " chat ", nommé Rochons Ensemble, qui est unique au Québec. Ce salon de discussion est ouvert 24 heures par jour et 7 jours par semaine et concerne spécialement tous ceux et celles qui ont un problème de dépendance.

L'idée est donc simple et très pratique. Imaginez, par exemple, un cocaïnomane, sobre depuis 2 semaines et qui se voit pris par l'obsession subite de se procurer sa drogue à tout prix et de consommer. Il pourra visiter le lieu Rochons Ensemble et entrer dans la discussion sous un pseudonyme, afin de conserver son anonymat. Ainsi, il pourra discuter avec d'autres cocaïnomanes ou polytoxicomanes, ou même avec n'importe quels autres types de dépendants et passer à travers son obsession sans consommer! Ce qui constituera une grande victoire pour lui-même et un levier pour l'avenir.

Curieux et amusant que ce même Guide Internet fasse, en ce mois, un spécial sur les jeux quand justement c’était mon intention d’en parler. Il n’y a pas de doute, l’industrie du jeu est en pleine croissance...depuis la très haute antiquité. Une donnée intéressante dans l’hebdomadaire The Economist : en 1995, les américains ont parié, en mises annuelles, 550 milliards (550,000,000,000.00$ US). C’est du cash ça monsieur, plus d’un demi-trillon.

Ici, au Québec, les casinos sont dépassés par leur succès. A Montréal, on a même dû aménager un autre bâtiment. Le Gouvernement fait un gros pari et c’est celui de pouvoir faire beaucoup d’argent avec les loteries, les machines à poker dans les bars, les dépanneurs et autres endroits, sans penser qu’il y a un prix énorme à payer pour des individus qui deviendront avec le temps dépendants du jeu. Plus odieux encore, le Gouvernement pense même installer des distributrices de loteries instantannées, des " gratteux ", sur tout le territoire. C’est sans compter les conséquences sociales telles: la violence alimentée par le jeu et l’argent, les escortes qui rôdent dans les casinos et qui flairent les belles occasions de rencontres, les ponctions financières sur les populations locales, les coûts accrus du service de police, etc.

Si, par exemple, à cause de la Société des Alcools du Québec, le Québec a plusieurs centres de désintoxication pour alcooliques, pourquoi est-ce qu’il n’y a pas un centre public à l’interne pour joueurs compulsifs?

Le gouvernement n’est-il pas en conflit moral d’intérêt ?

D’un coté, il contrôle et inonde le Québec de machines à jeux puis, de l’autre, il s’en vient avec des gens de plus en plus malades à cause du jeu. J’imagine que ce véritable problème relèvera du Ministère de la Santé et des Services Sociaux. Que fait le gouvernement pour agir afin de mettre sur pied des centres pour joueurs compulsifs? Il est plus que temps car les joueurs compulsifs sont laissés pour compte. Il y a bien un programme de recherche à Québec et à Montréal pour les joueurs compulsifs, (un programme de recherche, ce n’est pas un programme d’aide à proprement parler), mais pas encore de centre de " désitoxparisation " pour eux. Présentement il n’y a que la communauté thérapeutique les Gamblers Anonymes (GA) pour venir en aide à ces gens. Et encore, il n’y a que très peu de groupes qui sont constitués, et ils sont surtout concentrés à Montréal.

Le joueur compulsif, qui est-il au juste? Quel visage a-t-il? Le joueur compulsif peut s’adonner à un ou à plusieurs jeux de hasard (les courses de chevaux, les machines à sous, les machines à poker, les dés, les cartes, les loteries, etc.), et l’argent $$$$ se révèle toujours présent. On ne retrouve pas les joueurs compulsifs seulement que dans les casinos. Il arrive parfois que le joueur compulsif gagne beaucoup d’argent en un seul coup. C’est d’ailleurs ce qui l’attire à nouveau vers le jeu: l’appât facile du gain, une recherche du plaisir instantané; ce qui fait bien souvent sa malchance, celle d’avoir un jour gagné beaucoup d’argent. Et même s’il en perd beaucoup, il y a en lui un genre de " pensée magique " qui lui dit qu’il pourrait reprendre l’argent perdu en pariant à nouveau. A l’intérieur de lui, il sait très bien que, la plupart du temps, c’est peu probable. Le joueur compulsif n’est pas plus heureux que l’alcoolique ou le toxicomane. Il vit de la honte, de la culpabilité. Il devient menteur et manipulateur. Tous les moyens sont bons pour trouver de l’argent: faux chèques, vols de cartes de crédit, prise sans permission de la carte de guichet automatique du conjoint ou des parents. Tout comme les autres dépendances, le jeu compulsif peut faire des ravages.

Les pistes de traitement sont peu nombreuses. Il n’y a pas de centre privé qui vaille au Québec. Le joueur compulsif peut toujours signer une mesure volontaire afin de se faire interdire l’entrée au casino. J’ai personnellement référé des joueurs compulsifs dans des centres de désintoxication pour alcooliques-toxicomanes. Quand on est un joueur compulsif, il est un peu difficile à s’identifier à un toxicomane, mais avec un peu d’imagination on n’a qu’à transposer, dans son esprit, les mots alcool ou drogue pour jeu. Une dépendance est une dépendance. Le traitement du jeu compulsif dans des centres de désintoxication a quand même bien fonctionné pour certains (nes) de mes patients(tes). Comme le dit si bien l’expression : faute de pain, on mange de la galette. Je souhaite pour bientôt un centre de traitement pour joueurs compulsifs. Vous désirez dire des commentaires ou donner votre opinion ?

Le " Babillard ", juste à côté, est là pour ça.

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par

Jean-Pierre Rochon M. Sc., psychologue

courriel : rochon@psynternaute.com

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