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La dépendance aux casinos virtuels

Au Québec, les casinos sont dépassés par leur succès. Le gouvernement du Québec tient un gros pari, c’est celui de pouvoir faire beaucoup d’argent avec les loteries, les machines à poker dans les bars, dépanneurs et autres endroits, sans penser qu’il y a un prix énorme à payer pour des individus qui deviendront, avec le temps, dépendants du jeu. Le gouvernement a inondé le territoire de machines à sous. C’est sans compter les conséquences sociales telles : la violence alimentée par le jeu et l’argent, les escortes qui rôdent dans les casinos et qui flairent les belles occasions de rencontres, les ponctions financières sur les populations locales, les coûts accrus du service de police, etc.

Mais avec l’avènement d’Internet, le jeu excessif prend un nouvel essor : les casinos virtuels, le day trading (bourse électronique) et les jeux conviviaux sur Internet.

On dénombre plusieurs centaines de casinos virtuels sur Internet. La majorité de ces casinos se trouvent dans un espace virtuel américain et on y parie en devises du pays. Le client-joueur a le choix d’envoyer un chèque, que l’organisation veillera à échanger, avant de remettre l’équivalent en mise au jeu. Mais la plupart du temps, il utilise une carte de crédit. La limite est habituellement de 1,500.00 $ (US) par jour.

Le casino est virtuel mais l’argent est bien réel, les émotions fortes aussi. Le joueur compulsif peut perdre beaucoup d’argent, pousser à la limite ses marges de crédit, y investir son fonds de retraite, sa maison, etc. Il perd aussi son crédit, la confiance et l’estime de son entourage et même sa santé psychologique. L’anonymat des casinos virtuels est insidieux. Le joueur excessif va tenter de recréer l’ambiance d’une maison de jeux. Le drame se vit dans l’intimité du foyer ou du bureau. À l’abri, pour préserver, bien souvent, ce qui reste de sa réputation professionnelle. Il arrive parfois que le joueur compulsif gagne beaucoup d’argent en un seul coup. L’espérance de gagner encore s’installe. C’est ce qui lui est fatal, bien souvent.

Le joueur compulsif s’obstine. Il perd et joue encore. Si, tout d’un coup… il regagnait ? Il est subjugué. À la limite il est « absent », isolé dans son monde. Rien ne peut l’en arracher. C’est une sorte d’histoire d’amour avec l’ordinateur, aussi puissante qu’une drogue psychotrope. Une donnée intéressante dans l’hebdomadaire The Economist : « en 1995, les Américains ont parié, en mises annuelles, 550 milliards (550,000,000,000.00$ US) ». Plus d’un demi-trillion. C’est donc dire que la propension à parier dans tous genres de casinos est très grande.

Les serveurs de services informatiques se trouvent dans des pays ( Bahamas, Antigua, Gibraltar, etc.) où le régime fiscal est généreux et où les lois sont plus permissives pour ce genre d’activités. On y installe, là, des serveurs mais on contrôle les mises partout ailleurs dans le monde. De plus, certains casinos virtuels sont personnalisés. Les services sont de 24 heures. L’internaute-joueur est observé, scruté dans ses habitudes de jeu. Les firmes offrent des services de courriel afin de répondre à ses questions, dans sa langue maternelle. Quand le joueur gagne, un chèque lui est adressé par la poste. On respecte les restrictions qu’exige le joueur en voulant préserver la discrétion de ses rapport avec les casinos virtuels. Une fois l’exercice complété et répété, le joueur a plus confiance en la firme avec laquelle il fait affaire. À partir de là, le joueur excessif n’est plus seul. Il est rassuré et encouragé à jouer encore. Les firmes de casinos ne ménagent rien pour attirer les joueurs : cibler le marché asiatique, monter des sites pornographique de casinos virtuels, etc.

Comme si les casinos virtuels ne suffisaient pas , il y a un nouveau phénomène qui semble poindre à l’horizon et c’est le day trading. Un genre de bourse virtuelle. Les transactions se font rapidement. Les mises sont souvent risquées sur un marché où les valeurs boursières sont fluides. Il faut être aguerri pour réussir dans ce genre d’activité. De plus, le cyberdépendant financier se surprend à consulter de nombreuses fois, dans une journée, la progression ou la régression de ses avoirs, en allant visiter le site Internet de son courtier.

La troisième catégorie de joueurs excessifs concerne l’individu qui joue en convivialité sur Internet. La dynamique ludique dans ce cas est bien différente et il ne circule aucun argent. Le joueur télécharge des jeux que l’on peut jouer collectivement, des heures durant par Internet. Il n’est pas rare qu’il s’achète, en plus, des logiciels de jeux avec lesquels il jouera seul et qu’il aura payés un bon prix. Il sera souvent le premier à attendre à la porte du magasin quand un nouveau logiciel est mis sur le marché.


par

Jean-Pierre Rochon M. Sc., psychologue

courriel : rochon@psynternaute.com

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