Le 8 septembre 1997

La Princesse Diana et nous.

Ses funérailles sont maintenant terminées et j’ai voulu me laisser imprégner de ce que le peuple anglais, les journalistes, les commentateurs et les gens ordinaires tout autour de moi, ont vécu et ressenti. J’aimerais aborder cette chronique de ce que je considère être le plus important, pour moi dans la vie : être touché.

C’est d’ailleurs ce qui est arrivé de plus puissant au Royaume Uni et dans le monde entier lors du deuil d’une semaine qui a tenu sa place. Il semblait y avoir là un bouleversement et une ampleur émotionnelle extraordinaires. Un bouleversement émotionnel de la population et aussi institutionnel parce que la monarchie a été ébranlée.

Où étiez-vous lorsque vous avez appris la mort de Lady Diana ?

Cette dernière était un personnage tragique. Séparation de ses parents quand elle était jeune, responsable d’un mariage qu'elle ne voulait surtout pas voir échouer, un divorce donc un échec, rejetée, abandonnée à la dépression et à la boulimie puis, enfin un nouveau départ dans sa nouvelle vie. Puis la mort.

En souhaitant toujours qu’une mort, tragique et subite, comme celle de Lady Di, rapporte ses fruits de réflexion et qu’elle ne soit pas vaine, voilà ce que je retire de cet événement : un phénomène exceptionnel d’identification. Même si on ne la connaissait pas personnellement, elle avait quelque chose que l’on portait en soi et elle était ce que l’on voulait être, inconsciemment ou non. Elle avait de l’attrait, voilà, du style et de la classe. Certains de ses comportements étaient magiques.

C’est toujours remarquable quand c’est le cœur qui parle. Impossible d’arrêter les larmes de ces anglais qui coulent tout naturellement, alors que je les croyais froids et straights ; surtout ne pas nier que les récents événements, suite à sa mort tragique, ont laissé peu de gens indifférents. Inondés par des images qui valaient mille mots, par des commentaires journalistiques percutants, par une famille royale toute de noir vêtue et stoïque. Comment ne pas réagir à tout cela ?

Diana Spencer, la Princesse de Galles, nous a mis en contact avec des sentiments profonds. En premier lieu l’amour. Quoi de plus touchant que d’avoir senti l’élan de millions de personnes touchées par son humanité et surtout par sa vulnérabilité. C’est pour cela justement qu’elle fut tant aimée et adulée. De plus, ils se sont reconnus en elle.

Elle a vécu une profonde solitude et un isolement sans pareil, à l’intérieur d’une famille royale d’un autre siècle. En l’écoutant, dans ses témoignages, j’ai senti que Lady Dy avait donné de la valeur à la souffrance du cœur et de l’âme. C’est pour cela, je crois, qu’elle s’est engagée. Pas toujours évident de toujours être à " la hauteur " de ses devoirs et de ses tâches, quand on est en profonde dépression. Bel exemple de courage !

Amour mais surtout action. Elle avait décidé de passer à l’action et de mener sa croisade (sida, pauvres, mines antipersonnelles, etc.)

Solidarité, quand tout un peuple et toute la planète s’arrête pour penser à elle.

Puis elle a ramené les gens à leur culpabilité. Qui achetait ces journaux à sensations ?

Elle n’était pas féministe mais plutôt féminine. Sa grâce nous a charmés. Son naturel, teinté de gêne, nous faisait croire à son authenticité.

Force et détermination aussi. Pas évident, quand on a à se battre contre une monarchie, des préjugés, des idées de droite. Elle m’a séduit par sa marginalité, par son non-conformisme. Elle a osé confronter afin d’arriver à ses fins, faire émerger un humanisme sans précédent.

Il ne faut jamais oublier que la beauté est une valeur. Le fait qu’elle était une princesse a rajouté à ce que l’on désire voir d’un conte de fée, à la magie de sa position, au glamour de sa célébrité. Qui n’a jamais rêvé d’être un jour célèbre, d’être connu par toute la planète? C’était son cas. Je n’hésite pas à dire qu’elle était une femme exceptionnelle et remarquable pour avoir passé à travers les souffrances les plus terribles. Le plus bel exemple d’une personne qui voulut être et apparaître comme elle était.

Il y a eu, quant à moi, des moments intenses lors de ses funérailles. " Candle in the wind " chanté par Elton John. L’émotion était à son comble. Le fait de mobiliser tant de personnes dans la peine. L’allocution de son frère, qui a fait réfléchir beaucoup de gens, à la cathédrale Westminster et qui a confronté par ses paroles percutantes, puis le fait que, même dans la mort, elle a embarrassé la famille royale et leur a donné toute une jambette. " Réveillez-vous " semblait-elle leur dire. " Visez à atteindre le modernisme, soyez près des gens, laissez-vous aller à votre sentiment et à vos émotions... "

Liberté : elle avait décidé de faire sa vie, de connaître l’amour et de vivre comme elle l’entendait.

Les symboles étaient bien présents. La population irritée parce qu’un drapeau royal n’est pas en berne.

Plein de fleurs qui jonchaient le capot de la limousine-corbillard.

La sensibilité du chauffeur qui ralentissait quand il y avait plus de personnes sur le parcours.

Mais sa mort me ramène aussi au fait qu’il faut vivre intensément, développer une qualité de vie, vivre aujourd’hui ce que l’on a à vivre car la grande leçon de tous ces événements c’est que la vie tient... à un fil.

Elle aura été une belle étoile filante, une princesse, une star. En même temps, une victime, une image que les médias ont peaufinée, des paparazzi qui l’ont traquée…

Ce n’est pas pour rien que Mère Thérésa est partie au même moment qu’elle. Comme si un exemple n’était pas suffisant. Deux mortes plutôt qu’une pour être sûr que nous allions mieux comprendre la vie, le don de soi, le drame intérieur. Deux grandes leçons de vie et de simplicité dans la mort… 




par

Jean-Pierre Rochon M. Sc., psychologue

courriel : rochon@psynternaute.com

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