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Le 14 mars 1998

La dépendance ou quand le concombre devient cornichon.

J'ai toujours dis que je mettais toutes les dépendances sur un pied d'égalité. C'est la personne  qui " choisit " en quelques sorte la dépendance qui lui convient le mieux, ou qui choisit sa drogue de prédilection. Quand ce n'est pas la dépendance qui nous choisit. Il arrive que c'est de nature culturelle ( une dépendance que l'on a connu par l'entremise de ses parents, que l'on nous a montré à exercer étant jeune ou qui était présente dans notre enfance, dans notre environnement) ou de nature génétique (héritée par les gênes de nos parents ou de nos grands-parents). Pour ne rien vous cacher, je suis le fils d'un père alcoolique et d'une mère outremangeuse. Et bien voyez vous, j'ai hérité des deux dépendances, qu'heureusement je contrôle. En effet, je suis sobre de toute substance psychotrope depuis plus de 7 ans et j'ai " réglé ", en me contrôlant, en autant que faire se peut, ma propension à outremanger.

Je parle souvent de l'aspect humain de la dépendance, du vide intérieur que l'on veut remplir en consommant et surtout de la souffrance qui se cache derrière la dépendance. Pour être franc, l'être humain est souvent dépendant de beaucoup de choses. La dépendance, tout acabit, se développe lentement, à travers les années. Il y a aussi certaines personnes qui ne souffriront jamais véritablement d'aucune dépendance. En contreparti, j'ai connu des gens qui ont été sauvés (ou ont dit l'être) d'un suicide à prévoir et évident, alors que certains médicaments les avaient aidé à passer à travers. D'autres, assez paradoxalement, ont eu l'impression, que la drogue illicite leur avaient sauvé la vie, en diminuant leur souffrance à un moment bien précis de leur vie. Une sorte d'automédication. Malheureusement, certains ont quand même basculés dans la toxicomanie. Puis, il y a de ces petites dépendances qui font notre affaire et que l'on ne veut pas lâcher. Des actes compulsifs qui sont " bienvenus " même si on est pleinement conscient de cette réalité. Et c'est bien ainsi, pour certaines personnes. Pas plus que l'on est appelé à tout changer dans sa vie, même si ça nous cause, quelques fois, des difficultés plus ou moins importantes.

Tout cela est bien beau. Mais l'indice, le signal qu'il y a quelque choses qui ne va pas dans notre vie, à cause d'une probable dépendance, est directement relié à la souffrance, aux troubles du comportement que cela génère. Évidemment, la souffrance est un concept bien relatif. Chacun porte sa propre souffrance et souffre à sa manière. Autrefois, on disait que chacun portait sa croix. Que peu bien m'importer que l'autre souffre plus que moi ? Les valeurs comparatives de la souffrance n'enlève rien à une personne qui perçois sa souffrance comme infiniment grande. De plus, il n'existe pas de " souffrance-ô-mètre " pour mesurer tout cela.

Personnellement, je crois que l'alcoolique boit parce qu'il a soif. Une seule bière ne peut étancher sa soif puis, il en prend une deuxième et une troisième et ainsi de suite. Lorsque l'alcoolique fait entrer de l'alcool dans son système, ou que le cyberdépendant reste accroché des heures incalculables devant son ordinateur, il y a un phénomène bien particulier qui se passe dans le système organique de l'individu dépendant et qui modifie son comportement et qui le fait rester de plus en plus en contact avec la " substance ". Il risque donc d'y avoir une propension à la surconsommation. Lorsque je donne des communications, je sers souvent cette comparaison, cette question, qui " fait simple ", comme on dirait dans la région du Saguenay, mais qui est combien significative: quand est-ce que le concombre devient cornichon quand on le met dans le vinaigre? Une heure, deux jours, une semaine? La dépendance, c'est la même chose. On utilise une substance, on en augmente les quantités à travers le temps puis, à un moment très arbitraire, on peut basculer dans la dépendance.

Et c'est souvent un point de non retour.
NOTE IMPORTANTE:

Je me réjouis un peu de ce que les sceptiques soient confondus quand à la cyberdépendance. Dans le journal Globe and Mail, de Toronto, édition du 23 février 1998 sous la plume, ou le clavier, de Robert Brehl, à la une, on faisait état d'un vaste sondage pancanadien. Voici quelques résultats sommaires de l'enquête Ekos (je n'ai pas encore reçu les détails au moment de cette chronique): - nom du sondage: " The Information Highway and Canadian Communication Household Wave 1 Survey";
- sondage auprès de 3522 Canadiens;
- marge d'erreur : 1,7 %, 19 fois sur 20;
- "...Nearly one in two people (49 %) claim to personnally know people who spend so much time at home using Internet and other computer activities that it is having a negative impact ont their family life";

- question posée: "I personally know some people who spend so much time at home using the Internet and other computer activities that it has had a negative impact on their family like"
- 40 % strongly agreed;
- 9 % agreed;
- 6 % disagreed;
- 30 % strongly disgreed.




par

Jean-Pierre Rochon M. Sc., psychologue

courriel : rochon@psynternaute.com

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