Le 18 Août 1997

La dépendance : la maladie des émotions.

 Je vous ai entretenu sur la cyberdépendance, la dépendance affective. J’ai fais souvent référence à l’alcoolisme, à la cocaïnomanie. Mais pourquoi tant de dépendances aux substances de tous ordres ? Comment développe-t-on des personnalités obsessives-compulsives?

Mais que se passe-t-il donc dans la société québécoise ? Pourquoi tant de maladies psychosomatiques, de toxicomanes, d’alcooliques, de suicidaires, de suicidés, de dépressifs, etc.?

 Pendant que les cyberdépendnats sont bien au chaud dans leur salon et dans leur solitude, happés par le système Internet, les urgences d’hôpitaux reçoivent des cas " d’overdose " de cocaïne, d’éthylisme, de médicaments, des suicidaires qui sont passés à l’acte, etc.

Saviez-vous seulement que l’on peut trouver de la cocaine dans à peu près chaque bar, brasserie, discothèque sur la rue Ste-Catherine, à Montréal, de la rue Guy à Papineau? Cela fait beaucoup de cocaine disponible sur quelques kilomètres d’une seule rue. Imaginez le reste.

J’ai toujours pensé que la dépendance à une subtance n’était, en fait, que la pointe de l’iceberg, dans le sens qu’il ne faut par chercher seulement dans la substance le véritable problème...car il est ailleurs.

 La dépendance est simplement le symptôme de quelque chose de plus profond encore et j’ai nommé un malaise intérieur , d’une affectivité malade. Et, quand à moi, la cyberdépendance est la dernière manifestation, la dernière dépendance en liste, en 1997, qui vient confirmer, ce que j’avance quand à la dépendance. Prenez pour exemple le courrier électronique que j’ai reçu il y a quelques jours: 

" At 17:16 97-08-09 +0100, you wrote:

 C'est bon en maudit! Rochons ensemble, votre site Internet du psynternaute! Good...je suis un internaute que tu fais réfléchir. Merci lâches pas! Tes allusions sont excellentes, (mon père est en train de mourir et moi je suis sur internet...je travaille la dessus.) ".

Trop accroché sur Internet, cet individu? Peur de vivre une expérience spirituelle ou d’amour avec son père? Quand, la dernière fois, lui a-t-il: " Papa, je t’aime profondément "?

 Pourquoi pensez-vous, que l’on dit, par exemple, que l’alcoolisme est aussi la maladie de émotions ?

La personne dépendante compense avec une substance, de son choix, une " drogue " de prédilection (ordinateur avec ou sans Internet, gâteau au chocolat-pour l’outremangeur compulsif-, alcool, cocaïne, etc.) sachant inconsciemment ou non, que cela n’est pas bon pour sa santé morale, physiologique ou psychologique. Mais un dépendant s’obstine et retourne, inexorablement, vers la substance.

Voulez-vous savoir pourquoi les gens consomment tant de substances? C’est pour compenser, bien évidemment, un manque, remplir un vite intérieur pour ne pas sentir, afin d’éviter d’être en contact avec sa réalité intérieure qui contient, bien souvent, une énorme souffrance (solitude, manque d’amour, abandon, culpabilité, lourd passé, enfance de violence, etc.).

 Prenons en compte, l’individu cité plus haut, dont le père est mourant et que lui est sur Internet ou un polytoxicomane qui vit un deuil. Croyez-vous seulement qu’un individu dépendant, cocaïnomane, par exemple, pourra compléter le processus de deuil (1) à consommer tant. Tant que l’on nourrit une dépendance on peut difficilement évoluer, se développer au niveau affectif et émotionnel. Pour ces raisons, j’ai connu des individus, et pas seulement des dépendants, qui ont pris 10 ans et plus à vivre, à compléter un deuil. Le temps avait bien arrangé les choses, l’intellect aussi, mais au niveau émotionnel avait-il seulement, vécu, ressenti, la souffrance relié à ce décès, à ce départ. Il est important de savoir que la souffrance ressentie éveille des sentiments et quand ils sont nommées et exprimés, la souffrance devient moins grande. Ouvrir la porte aux sentiments et aux émotions nous fait réaliser, que tout compte fait, tout cela est humain. Je vous laisse avec une célèbre phrase d’Édith Piaf, remplie de sens et de vérité: " C’est par la souffrance que l’on donne de la valeur aux choses. "

 (1)Le deuil est un processus. Le Petit Robert dit que c’est " conçu et organisé dans le temps. C’est une suite ordonnée d’opérations (note clinique: d’expression de sentiments, etc.) aboutissant à un résultat ". Elisabeth Kübler-Ross décrit le processus de deuil dans des étapes importantes et inéluctables: 1) le choc de la nouvelle, le dénie, le refus de croire. 2) L’expression de la colère, de la rage,etc. 3) La dépression, avec des sentiments de tristesse, perte de motivation, mutisme, annéantissement, etc. 4) Finalement, l’acceptation, la sérénité, la paix avec soi.




par

Jean-Pierre Rochon M. Sc., psychologue

courriel : rochon@psynternaute.com

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