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Le 27 octobre 1997

L'alcoolisme : l'aberration d'un système.

On vient d'apprendre que les lois vont être encore plus sévères pour ceux et celles qui se feront prendre avec un taux d'alcoolémie supérieur à la limite permise par la loi. Cette réalité m'interpelle et j'aimerais bien partager quelques considérations par rapport à l'alcool versus la conduite automobile.

 

Disons-le tout de go. Il y a de moins en moins d'alcooliques purs, c'est-à-dire ceux qui n'utilisent que l'alcool. De nos jours les dépendants utilisent plus d'une substance. C'est pour cela que l'on parle de polytoxicomanie (incluant l'alcool). Pour ces gens, il n'y a pas que la prise de drogues ou d'alcool qui soit problématique. Il y a aussi le comportement. Et surtout comment la société réagit à cette effet. Mais que fait-on vraiment pour ces êtres humains aux prises avec une telle problématique? Le système, les lois sont vicieuses et n'aident pas suffisamment le toxicomane ou l'alcoolique. Voici un exemple bien précis.

 

Il y a quelque temps, j'ai eu à rencontrer plusieurs agents de réadaptation à la Société de l'Assurance Automobile du Québec afin de leur donner une conférence et leur offrir mes services professionnels. A un moment donné, je leur ai demandé combien d'alcooliques identifiés, d'après eux, il avaient dans leurs dossiers actifs. La réponse: moins de 1%. J'ai été sidéré d'apprendre ce chiffre quand l'on sait que dans plus de 50% des accidents d'auto il y a une incidence alcoolique ou une surconsommation d'alcool . Cette situation est tout à fait anormale et aberrante. Les conseillers en réadaptation ne sont pas là pour faire la chasse aux alcooliques et les identifier, m'a-t-on dit. La loi l'interdit et ils ne tiennent compte seulement de ce qui est postérieur à l'accident d'automobile. Ils ne tiennent pas compte de difficultés que l'individu avait avant l'accident. Les conséquences suite à un accident d'auto avec incidence alcoolique sont nombreuses: des décès, des blessures graves, des incapacité de travail, du temps en prison pour les responsables d'accidents mortels alors qu'ils ont dépassé le taux d'alcoolémie dans le sang permis par la loi, etc.

Prenons par exemple le père de famille, alcoolique, avec 3 enfants, qui doit travailler en utilisant sa voiture ou son camion. S'il est reconnu responsable d'un accident, par exemple, alors qu'il était en état d'ébriété en revenant d'une soirée privée, on suspend son permis de conduire pendant un an. On l'empêche donc de travailler parce qu'il ne peut plus conduire.

Que fera-t-il donc pour gagner le pain de sa famille? Comme plusieurs dizaines de milliers de québécois il se retrouvera dans une situation d'illégalité en conduisant quand même sa voiture ou son camion sans permis de conduire. Saviez-vous qu'il y a plusieurs dizaines de milliers de québécois qui sont sur la route, à conduire, sans permis?

Et si les fautifs récidivent, car on ne va pas se le cacher, plus d'une personne se fait arrêter par la police sans avoir de permis de conduire, on les suspends pour plus de temps encore ou on les jette en prison. Il en coûte plus de 150.00$ par jour pour garder un détenu en prison. Puis quand l'alcoolique sort de prison devinez ce qu'il retourne faire quand il est libre? Il se remet à boire. Puis, l'on a rien résolu. Garder en prison un alcoolique coûte une fortune à la société. Pendant ce temps, jamais l'on ne pense à offrir un traitement spécialisé aux alcooliques afin qu'ils se réhabilitent. Il serait donc bien plus logique de fournir un traitement au polytoxicomane que de couler des milliers de dollars à le garder en prison ou de dépenser, indûement, à le réhabiliter dans le réseau de la santé.

 

Suite à un accident automobile, on engage des neuropsychologues, des ergothérapeutes, des psychologues afin d'établir un beau petit programme de réadaptation. Pendant ce temps l'alcoolique boit toujours et ne maximise pas les traitements qui lui sont dispensés par ces professionnels de la santé. Heureusement, cela a tendance à changer car je sens l'ouverture de certains agents de réadaptation de l'Assurance Automobile du Québec qui me réfèrent, depuis un certain temps, des patients alcooliques pour fins de traitement. Il est prouvé scientifiquement que consommer et faire de la thérapie ne donne que très peu de résultats. L'alcoolique reste toujours dans sa souffrance parce qu'il n'aura jamais reçu le traitement approprié pour sa maladie de l'alcoolisme qui perdure, le laissant dans l'insécurité, avec le stress de se faire prendre ou la culpabilité de conduire sans permis. En plus de la maladie alcoolique cela peut générer des problèmes psychologiques graves. Dans ce sens les lois sont à refaire et le système, à être repensé.

Quelle est votre opinion sur tout cela ? N'hésitez pas à laisser des messages sur " Babillard ", juste à côté.




par

Jean-Pierre Rochon M. Sc., psychologue

courriel : rochon@psynternaute.com

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