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Vivre une dépendance est de nature pathologique et amène souvent des conséquences dramatiques dans la vie de l'individu dépendant. Il est donc primordial de traiter ce sujet sérieusement tout en le rendant accessible à tous. Dans les pages qui suivent, nous nous pencherons sur les divers phénomènes sociaux reliés à la dépendance. À la lumière du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le DSM-IV, utilisé par les psychologues et les psychiatres du monde entier, nous étudierons les divers symptômes et comportements reliés à la dépendance.

Les diverses dépendances

[La dépendance affective],[L'alcoolisme],[La toxicomanie],[Le jeu compulsif],[Le sexe compulsif],
[Le mangeur compulsif],[Le perfectionniste pathologique],[L'ergomane (travailleur compulsif)]

Mentionnons tout d’abord qu'un individu peut s'adonner à une ou à plusieurs dépendances. Il y a cependant des caractéristiques générales communes au concept de la dépendance :

 

  1. L'obsession : idée, image qui s'impose à l'esprit de façon répétée (hantise); représentation, accompagnée d'états émotifs pénibles, qui tend à accaparer tout le champ de la conscience (manie, phobie).

  2. La compulsion : impossibilité de ne pas accomplir un acte, lorsque ce non-accomplissement est générateur d'angoisses, de culpabilité.

  3. Altération de la perception, des attitudes et des comportements lorsque l'individu est en contact avec la «substance»

  4. La manipulation : un des principaux subterfuges utilisé par l'individu dépendant pour arriver à ses fins.

  5. La malhonnêteté : qui caractérise la manipulation tant envers soi-même qu'envers les autres.

  6. Isolement, culpabilité, remords, perte de la maîtrise de sa vie, etc.

 

La personnalité d'un individu dépendant est souvent associée à des troubles limites de la personnalité. Le DSM-IV définit des critères diagnostics très spécifiques. Il faut identifier cinq des huit manifestations suivantes pour considérer avoir des troubles limites de la personnalité.

 

  1. Instabilité et excès dans le mode de relations interpersonnelles exprimés avec intensité et caractérisés par l'alternance entre des positions extrêmes d'idéalisation excessive et de dévalorisation.

  2. Impulsivité dans au moins deux domaines qui sont potentiellement dommageables pour le sujet. Par exemple, dépenses, sexualité, toxicomanie, vol à l'étalage, conduite automobile dangereuse, accès boulimique, etc.

  3. Instabilité affective : changements marqués d'humeur avec passage de l'humeur de base à la dépression, à l'irritabilité ou à l'anxiété durant habituellement quelques heures et rarement plus de quelques jours.

  4. Colères intenses et inappropriées ou manque de contrôle de la colère. Par exemple, fréquents accès de mauvaise humeur, colère permanente, bagarres répétées.

  5. Menaces, comportements ou gestes suicidaires ou comportements automutilatoires répétés.

  6. Perturbation marquée et persistante de l'identité caractérisée par une incertitude dans au moins deux des secteurs suivants : image de soi, orientation sexuelle, objectifs à long terme ou choix de carrière, type d'amis recherchés, choix des valeurs.

  7. Sentiment permanent de vide ou d'ennui.

  8. Efforts réfrénés pour éviter les abandons réels ou imaginaires.

 


L'alcoolisme Buck

Soyons francs : l'alcoolisme est encore très méconnu et véhicule encore beaucoup de mythes et de préjugés. Bien des gens s'imaginent qu'un alcoolique est quelqu'un qui boit en grande quantité toute la journée et qui «traîne sur un banc de parc». Rien n'est plus faux. Il y a plusieurs sortes d'alcooliques: ceux qui boivent en grande quantité tous les jours, les buveurs de fin de semaine, les alcooliques périodiques, ceux qui prennent un peu d'alcool à tous les jours, ceux qui aiment tellement boire qu'ils ont développé un rituel absolument suave autour de l'alcool, les buveurs «contrôlés», c'est-à-dire ceux qui se retiennent afin de ne pas trop boire par peur de conséquences ou de représailles, etc.

 

L'alcoolisme n'est pas tant la quantité d'alcool ingurgitée, la sorte ou la fréquence, mais plutôt la relation que l'on a avec le produit alcoolisé. L'alcoolique doit se demander quelle place prend l'alcool dans sa vie et depuis combien temps il boit. Habituellement, son père ou sa mère était alcoolique avant lui ou plusieurs cas d'alcoolisme existaient dans la famille élargie: on parle alors d'une culture alcoolique dans la famille.



La toxicomanie

La toxicomanie est la prise répétée de substances psychotropes, c'est-à-dire de substances qui agissent chimiquement sur le psychisme et qui mènent à l'intoxication et à la dépendance. On peut dire qu'il existe deux catégories principales de toxicomanes : ceux qui consomment des drogues illicites (cocaïne, héroïne, cannabis, L.S.D., mescaline, etc.), et ceux qui utilisent des médicaments prescrits (Valium, Ativan, Xanax, etc.).

Il ne faut pas se le cacher : les drogues ont parfois des effets sublimes. Goûter l'exaltation en prenant du L.S.D. ou l'euphorie sous l'effet de la cocaïne, voilà ce que recherche l'utilisateur. De plus, il y a une dimension très importante de convivialité dans la consommation des drogues, quoique plusieurs toxicomanes aiment consommer seuls. Un des concepts directement relié à la toxicomanie est le style de vie qui l'accompagne. Nous faisons ici référence aux sorties dans les bars et les discothèques, aux rencontres avec d'autres toxicomanes, à l'élaboration d'un rituel de consommation. Il est fréquent que le toxicomane essaie plusieurs drogues avant d'arrêter son choix sur une drogue qu'il aimera plus particulièrement et qui deviendra «sa» drogue de prédilection.

Il n'y a pas de petits ou de gros «drogués». On utilise des drogues pendant plusieurs années en augmentant les quantités, puis à un moment très arbitraire, on bascule dans la dépendance. Il est faux de croire qu'on ne peut pas devenir toxicomane en ne consommant que du haschich ou de la marijuana : une drogue est une drogue et elle agit sur le cerveau, le comportement et les émotions.

Le concept de tolérance est relatif à la capacité de consommer de chaque individu. La tolérance signifie qu'avec le temps, des quantités sensiblement croissantes de la substance seront nécessaires à l'obtention de l'effet désiré, ou que l'effet est sensiblement moins marqué si on utilise continuellement la même dose. C'est ce qui amène chez certains toxicomanes le phénomène d'abus de drogues et d'intoxication massive (overdose).

Les facteurs prédisposants à la toxicomanie sont liés à certains troubles de la personnalité-limite (borderline) et de la personnalité antisociale; on remarque dans ce dernier cas de fortes carences affectives et des lacunes au niveau de l'identification de la personne.

 



Jeu Le jeu compulsif Jeu


Le joueur compulsif peut s'adonner à un ou à plusieurs jeux de hasard (courses de chevaux, machines à sous, machines à poker, dés, cartes, loteries, etc.) : l'argent est toujours présent. Tout comme on ne retrouve pas seulement l'alcoolique dans une taverne, on ne retrouve pas le joueur compulsif qu'au casino.

Il arrive que le dépendant du jeu gagne un gros montant d'argent en un seul coup. C'est d'ailleurs ce qui l'attire à nouveau vers le jeu : l'appât facile du gain, une recherche du plaisir instantané. Même s'il perd beaucoup, le joueur compulsif possède une sorte de «pensée magique» qui lui dit qu'il pourrait reprendre l'argent perdu en pariant à nouveau. Pourtant, au fond de lui, il sait très bien que c'est rarement le cas...

Le joueur compulsif n’est pas plus heureux que l’alcoolique ou le toxicomane. Il vit de la honte, de la culpabilité. Il devient menteur et manipulateur. Tous les moyens sont bons pour trouver de l’argent : faux chèques, vols de cartes de crédit, prise sans permission de la carte de guichet automatique du conjoint ou des parents, etc.

Les critères diagnostics du joueur pathologique sont les suivants :

Pratique inadaptée, persistente et répétée du jeu, comme en témoigne au moins 5 des manifestations suivantes :

  1. Préoccupation par le jeu ( p.ex. préoccupation par la remémoration d’expériences de jeu passées ou par la prévision de tentatives prochaines, ou par les moyens de se procurer de l’argent pour jouer.
  2. Besoin de jouer avec des sommes d’argent croissantes pour atteindre l’état d’excitation désiré.
  3. Efforts répétés mais infructueux pour contrôler, réduire ou arrêter la pratique du jeu.
  4. Agitation ou irritabilité lors des tentatives de réduction ou d’arrêt de la pratique du jeu.
  5. Joue pour échapper aux difficultés ou pour soulager une humeur dysphorique (état de malaise) ( par exemple, des sentiments d’impuissance, de culpabilité, d’anxiété, de dépression).
  6. Après avoir perdu de l’argent au jeu, retourne souvent jouer un autre jour pour recouvrer ses pertes ( pour « se refaire »).
  7. Ment à sa famille, à son thérapeute ou à d’autres pour dissimuler l’ampleur réelle de ses habitudes de jeu.
  8. Commet des actes illégaux, tels que falsifications, fraudes, vols ou détournement d’argent pour financer la pratique du jeu.
  9. Met en danger ou perd une relation affective importante, un emploi ou des possibilités d’étude ou de carrière à cause du jeu.
  10. Compte sur les autres pour obtenir de l’argent et se sortir de situations financières désespérées dues au jeu.

La dépendance aux casinos virtuels :

Au Québec, les casinos sont dépassés par leur succès. Le gouvernement du Québec tient un gros pari, c’est celui de pouvoir faire beaucoup d’argent avec les loteries, les machines à poker dans les bars, dépanneurs et autres endroits, sans penser qu’il y a un prix énorme à payer pour des individus qui deviendront, avec le temps, dépendants du jeu. Le gouvernement a inondé le territoire de machines à sous. C’est sans compter les conséquences sociales telles : la violence alimentée par le jeu et l’argent, les escortes qui rôdent dans les casinos et qui flairent les belles occasions de rencontres, les ponctions financières sur les populations locales, les coûts accrus du service de police, etc.

Mais avec l’avènement d’Internet, le jeu excessif prend un nouvel essor : les casinos virtuels, le day trading (bourse électronique) et les jeux conviviaux sur Internet.

On dénombre plusieurs centaines de casinos virtuels sur Internet. La majorité de ces casinos se trouvent dans un espace virtuel américain et on y parie en devises du pays. Le client-joueur a le choix d’envoyer un chèque, que l’organisation veillera à échanger, avant de remettre l’équivalent en mise au jeu. Mais la plupart du temps, il utilise une carte de crédit. La limite est habituellement de 1,500.00 $ (US) par jour.

Le casino est virtuel mais l’argent est bien réel, les émotions fortes aussi. Le joueur compulsif peut perdre beaucoup d’argent, pousser à la limite ses marges de crédit, y investir son fonds de retraite, sa maison, etc. Il perd aussi son crédit, la confiance et l’estime de son entourage et même sa santé psychologique. L’anonymat des casinos virtuels est insidieux. Le joueur excessif va tenter de recréer l’ambiance d’une maison de jeux. Le drame se vit dans l’intimité du foyer ou du bureau. À l’abri, pour préserver, bien souvent, ce qui reste de sa réputation professionnelle. Il arrive parfois que le joueur compulsif gagne beaucoup d’argent en un seul coup. L’espérance de gagner encore s’installe. C’est ce qui lui est fatal, bien souvent.

Le joueur compulsif s’obstine. Il perd et joue encore. Si, tout d’un coup… il regagnait ? Il est subjugué. À la limite il est « absent », isolé dans son monde. Rien ne peut l’en arracher. C’est une sorte d’histoire d’amour avec l’ordinateur, aussi puissante qu’une drogue psychotrope. Une donnée intéressante dans l’hebdomadaire The Economist : « en 1995, les Américains ont parié, en mises annuelles, 550 milliards (550,000,000,000.00$ US) ». Plus d’un demi-trillion. C’est donc dire que la propension à parier dans tous genres de casinos est très grande.

Les serveurs de services informatiques se trouvent dans des pays ( Bahamas, Antigua, Gibraltar, etc.) où le régime fiscal est généreux et où les lois sont plus permissives pour ce genre d’activités. On y installe, là, des serveurs mais on contrôle les mises partout ailleurs dans le monde. De plus, certains casinos virtuels sont personnalisés. Les services sont de 24 heures. L’internaute-joueur est observé, scruté dans ses habitudes de jeu. Les firmes offrent des services de courriel afin de répondre à ses questions, dans sa langue maternelle. Quand le joueur gagne, un chèque lui est adressé par la poste. On respecte les restrictions qu’exige le joueur en voulant préserver la discrétion de ses rapport avec les casinos virtuels. Une fois l’exercice complété et répété, le joueur a plus confiance en la firme avec laquelle il fait affaire. À partir de là, le joueur excessif n’est plus seul. Il est rassuré et encouragé à jouer encore. Les firmes de casinos ne ménagent rien pour attirer les joueurs : cibler le marché asiatique, monter des sites pornographique de casinos virtuels, etc.

Comme si les casinos virtuels ne suffisaient pas , il y a un nouveau phénomène qui semble poindre à l’horizon et c’est le day trading. Un genre de bourse virtuelle. Les transactions se font rapidement. Les mises sont souvent risquées sur un marché où les valeurs boursières sont fluides. Il faut être aguerri pour réussir dans ce genre d’activité. De plus, le cyberdépendant financier se surprend à consulter de nombreuses fois, dans une journée, la progression ou la régression de ses avoirs, en allant visiter le site Internet de son courtier.

La troisième catégorie de joueurs excessifs concerne l’individu qui joue en convivialité sur Internet. La dynamique ludique dans ce cas est bien différente et il ne circule aucun argent. Le joueur télécharge des jeux que l’on peut jouer collectivement, des heures durant par Internet. Il n’est pas rare qu’il s’achète, en plus, des logiciels de jeux avec lesquels il jouera seul et qu’il aura payés un bon prix. Il sera souvent le premier à attendre à la porte du magasin quand un nouveau logiciel est mis sur le marché.




Le sexe Sexe Compulsif (around the clock!) compulsif

On définit l'utilisation de la sexualité de manière compulsive par le mot «luxure». Cette maladie peut prendre plusieurs formes, entre autres, sessions répétitives de masturbation dans une seule journée, désir constant d'accomplir le coït, visites répétitives dans des saunas et des cinémas XXX, peep show, recours aux services de prostitués, de sexe masculin ou féminin, massages érotiques, visionnage constant de films érotiques accompagné de masturbation, pornographie sur Internet, Webcam, masturbations répétitives, en plus de coïts réguliers, etc. La luxure peut aussi être appariée à des troubles psychosexuels, tels que l'exhibitionnisme ou le voyeurisme, accompagné de la masturbation, le sadomasochisme sexuel (BDSM, Bondage, Discipline, Sado-Maso), etc.

La sexualité actualisée dans Internet (le cybersexe) a fait ressortir une problématique jusqu’à maintenant fort méconnue. Ce sont les comportements obsessionnels-compulsifs reliés à la sexualité, et j’ai nommé le sexe compulsif ou l’hypersexualité. Souvent, une personne peut devenir obsédée par la sexualité parce que ses besoins ne sont pas comblés. La réalité est que j’ai surtout traité des hommes pour cette problématique : 9 « sexoliques » sur 10 sont des hommes.

Le cybersexe peut-il faire passer d’une activité récréative à une activité maladive ?

Bien des vies personnelles et professionnelles ont été détruites à cause du cybersexe. Comme dans les autres catégories de dépendances, les personnes susceptibles « d’accrocher » au cybersexe sont autant des chefs d’entreprises que des travailleurs du bâtiment. L’âge, le statut social ou le niveau de scolarité n’ont pas de véritable importance. Cette catégorie d’utilisateurs regroupe toutes les classes sociales.

Pourquoi un tel intérêt à propos du sexe sur Internet ?

Pour son accessibilité, son anonymat et pour la variété de son contenu. Dans certains cas, c’est gratuit, dans d’autres, il faut débourser un montant d’argent, souvent en dollars américains, afin d’avoir accès à l’ensemble d’un site pornographique. Il est nécessaire d’avoir un mot de passe pour consulter certains sites. Qu’importe ? On déboursera si cela en vaut le coût et le coup. Plusieurs autres échangent régulièrement dans des forums de discussion strictement axés sur le sexe (MSN Messenger, par exemple) et réservés à une clientèle de 18 ans et plus.

La pornographie est surtout l’affaire des hommes. Plusieurs conjointes m’ont contacté, paniquées ou dévastées par la découverte de vidéos pornographiques cachées dans la maison ou de sites pornographiques visités par leurs maris. Le Net offre la possibilité de laisser libre cours à des dépendances, à une perversité ou à des troubles du comportement sexuel.

Avoir une relation sexuelle virtuelle, est-ce tromper son conjoint ?

La réponse dépend de chaque individu. Certaines personnes croient que tromper sa partenaire, c’est avoir une relation sexuelle complète dans la vraie vie. On peut tromper un conjoint de deux manières : physiquement (lors d’une aventure, d’une rencontre-passion) ou au niveau du cœur (dans une relation amoureuse extraconjugale, incluant ou non une sexualité). Être fidèle, c’est se réserver pour l’autre. Être infidèle, c’est donner à une tierce personne ce que l’on avait promis à son partenaire.

À mon avis, être en couple et être en même temps centré sur une personne virtuelle, investir émotionnellement et affectivement, c’est tromper l’autre. Il est important de souligner que les dommages psychologiques peuvent être aussi puissants, qu’ils résultent du virtuel ou de la réalité. Une peine d’amour génère autant de souffrance, qu’elle soit causée par un groupe de discussion, du courrier électronique ou de la réalité.

Je ne crois pas que ceux qui réalisent leurs fantasmes sur Internet soient moins susceptibles de passer à l’acte dans la réalité. Internet serait surtout une partie de la panoplie de moyens, de styles de vie, de tactiques utilisées pour s’adonner à la dépendance sexuelle, au sexolisme ou à une simple activité sexuelle.

La souffrance clinique ressentie, lors de comportements obsessionnels-compulsifs reliés à la sexualité, est souvent vécue de façon dramatique chez chaque sexolique.

D’abord, il se sent inadéquat dans sa sexualité. Il est souvent victime de diverses paraphilies. Ses pensées obsessionnelles et son comportement sont généralement générateurs de souffrance pour lui et pour autrui. Il existe plusieurs degrés de compulsion sexuelle. Les conséquences, sur la vie personnelle, familiale et professionnelle, peuvent être importantes. Les conséquences psychologiques sont souvent en rapport avec une faible estime de soi et des fluctuations d’humeur pouvant aller jusqu’à la dépression et à des penchants suicidaires.

De plus, comme pour les autres dépendances, l’inévitable cycle de l’assuétude, de la dépendance apparaissent, c’est-à-dire des préoccupations à propos de l’acte sexuel, le style de vie et le rituel qui enclenchent le comportement sexuel compulsif, de sorte que les sentiments de perte de contrôle, de culpabilité et de remords se précisent. Souvent le seul moyen de remédier à cette détresse est d’aller diminuer les tensions… dans un autre acte de compulsion sexuelle. Et le cercle devient vicieux, insidieux. C’est le cycle de l’assuétude.



Le mangeur compulsif

Le DSM-IV définit la boulimie comme étant un comportement caractérisé essentiellement par des épisodes de «grande bouffe». L'individu a conscience du caractère anormal de sa conduite alimentaire ; il a peur de ne pas pouvoir s'arrêter volontairement de manger. Ses excès, qui peuvent survenir rapidement, en cachette, sont suivis d'une humeur dépressive, d'une perte d'estime de soi et de culpabilité.

L'individu peut avoir recours aux vomissements ou aux laxatifs pour diminuer les douleurs physiques causées par les excès, ou encore pour lui permettre de continuer à manger. Le mangeur compulsif est souvent préoccupé par son poids et il fait des tentatives répétées de se mettre à la diète.

 




Le perfectionniste pathologique

Cet individu a des exigences très élevées envers lui-même. De nature généralement très anxieuse, il ne peut se permettre de commettre des erreurs. Il doit donc être parfait malgré l'impossibilité de pouvoir atteindre cet objectif. Il n'est jamais satisfait et juge toujours ses efforts insuffisants à cause de ses critères de réussite trop élevés. De plus, il réagit généralement très mal aux critiques. Le perfectionniste pathologique a surtout besoin de plaire aux autres, s'évitant ainsi d'être jugé négativement. La peur de l'échec l'effraie beaucoup plus qu'un succès réel. Puisqu'il lui arrive d'être aussi exigeant envers les autres qu'envers lui-même, il éprouve des difficultés relationnelles importantes. Il cherche avant tout à compenser sa faible estime de soi.

 



L'ergomane
(travailleur compulsif, «workaholic»)

L'ergomane privilégie avant tout le travail et la productivité. Il accorde peu de temps aux loisirs et aux relations interpersonnelles ; s'il envisage une activité liée au plaisir, c'est qu'il juge qu'il la mérite. Cet individu a une forte tendance à remettre à plus tard toute activité agréable comme les vacances, les sorties, les repas au restaurant. Il parvient difficilement à se détendre. En outre, il ignore le ressentiment et la peine que cette attitude provoque chez le conjoint ou dans la famille. Sa préoccupation principale se porte sur l'efficacité, les règles : toute activité non reliée au travail est à ses yeux sans grande importance.




La dépendance affective

Il n’y a pas définition de « dépendance affective » dans le DSM-IV. Ce n’est pas un trouble obsessionnel-compulsif (TOC) comme les autres dépendances mais on est concerné par des critères diagnostiques communs. Il faut plutôt regarder du côté de la « personnalité dépendante ». On la décrit comme « un besoin général et excessif d’être pris en charge qui conduit à un comportement soumis et « collant » et à une « peur de la séparation » qui apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers. Comme en témoignent au moins 5 des manifestations suivantes, cela signifie que si l’on possède au moins 5 critères diagnostiques on peut se considérer comme ayant une personnalité dépendante. Il est à noter que l’on peut être un dépendant affectif en dehors d’une relation de couple uniquement. On peut l’être à propos d’un ami, d’un parent, etc. Il y a lieu de considérer les critères suivants en ayant en tête l’affectivité, ou en tout cas la voir dans cette perspective.

Critères diagnostiques :

  1. Le sujet a du mal à prendre des décisions dans la vie courante sans être rassuré ou conseillé de manière excessive par autrui ( Ex. : le conjoint, les parents, etc.);
  2. il a besoin que d’autres assument ses responsabilités dans la plupart des domaines importants de sa vie (Ex. : émotionnel, social, financier);
  3. il a du mal à exprimer un désaccord avec autrui de peur de perdre son soutien ou son approbation. NB. Ne pas tenir compte d’une crainte réaliste de sanctions. Dans ce critère diagnostique on risque de retrouver ce que j’appelle la personnalité caméléon. C’est une personne qui ne dit jamais un mot plus haut que l’autre. Elle pense et dit ce que les autres pensent et disent. Souvent elle renie sa propre opinion, son propre sentiment. Elle ne s’oppose jamais. C’est comme si elle fondait dans le décor. Comme le caméléon;
  4. il a du mal à initier des projets ou à faire des choses seul (par manque de confiance en son propre jugement ou en ses propres capacités plutôt que par manque de motivation ou d’énergie). (Ex. : quand on demande à la personne ce qu’elle a le goût de faire ou de manger et elle répond : « et toi? ». Il est très difficile pour la personne de choisir;
  5. il cherche à outrance à obtenir le soutien et l’appui d’autrui, au point de se porter volontaire pour faire des choses désagréables. (Ex. : c’est le pire critère diagnostique car c’est ici que la personne accepte l’inacceptable, se renie en quelque sorte. Tout faire, même si c’est contraire à nos valeurs profondes, pour se faire aimer ou pour éviter de se faire rejeter et avoir à se confronter à la solitude;
  6. il se sent mal à l’aise ou impuissant quand il est seul par crainte exagérée d’être incapable de se débrouiller.
  7. lorsqu’une relation proche se termine, il cherche de manière urgente une autre relation qui puisse assurer les soins et le soutien dont il a besoin;
  8. il est préoccupé de manière irréaliste par la crainte d’être obligé de se débrouiller seul.
L’utilisation du courrier électronique et les groupes de discussions (chatlines) peuvent être, par exemple, symptomatiques d'une dépendance affective en ce sens qu'on peut éprouver des symptômes dépressifs, éprouver de la tristesse ou de l'abandon en ne recevant pas les lettres d'amour virtuelles tant attendues, être déçu par le trop peu de courrier électronique reçu ou revenir constamment vérifier s'il n'y a pas de courrier électronique qui nous attend; le malaise, la frustration d'avoir manqué un rendez-vous icq, etc.

Peut-on vraiment qualifier une dépendance de plus importante qu’une autre ? À mon sens non. Avez-vous seulement idée à quel point la dépendance affective peut faire des ravages ? Et cette « maladie » arrive tout autant chez les hommes que chez les femmes. Il est fréquent de rencontrer des dépendants affectifs chez le conjoint de l’alcoolique et/ou du toxicomane. Le dépendant affectif reste accroché à son conjoint pour diverses raisons : parce que la sexualité est satisfaisante (c’est souvent ce qui fonctionne le mieux dans la relation) et que l’on a le sentiment de ne pouvoir s’en passer, l’insécurité financière joue aussi un rôle important quand on pense laisser son conjoint. Enfin, l’idée de la solitude est souvent terrifiante.

La dépendance affective peut découler d’un ensemble de facteurs dont le principal est l’environnement familial déficient, nommément la famille dysfonctionnelle, environnement dans lequel l’individu a pu être carencé au niveau affectif. Un des deux parents (ou les 2) a été souvent élevé lui-même, dans le cadre d’une famille dysfonctionnelle. Ensuite, le modèle se reproduit d’une génération à l’autre. C’est le même phénomène qu’un enfant qui voit son père battre sa mère et qui reproduit, avec sa conjointe, quand il est adulte, le même pattern que son père. Normalement, l’enfant doit avoir, dès son bas âge, des relations significatives avec ses parents, être guidé, encadré, discipliné, recevoir l’affection et un soutien ferme et confiant pour ses accomplissements afin de façonner son identité, obtenir une confiance en lui et une estime de lui-même qui lui donne de la valeur.

Le dépendant affectif a pu recevoir, dans son enfance, par exemple, des messages verbaux négatifs, se faisant dire qu’il valait peu ou rien, qu’il était inadéquat quand il faisait des choses, qu’il n’irait pas bien loin dans la vie, ainsi que des messages non-verbaux négatifs comme, par exemple, la surprotection de la mère, la tyrannie d’un père violent et dictateur, la non-présence d’un père (absent de la maison), l’indifférence et la non-reconnaissance des parents vis-à-vis des réalisations de l’enfant, etc. Le dépendant affectif, dans ces circonstances, a écopé d’un manque d’autonomie, a souvent été abandonné, a subi l’alcoolisme ou la toxicomanie (demandez à un alcoolique si son père ou sa mère l’était, dans 75% des cas, il répondra oui).

D’ailleurs combien de femmes, par exemple, ont pensé aller chercher l’amour et l’affection dans la sexualité avec un homme alors que, bien souvent, c’était l’amour de leur père qu’elles recherchaient ? L’enfant, n’ayant pas reçu cette sécurité affective étant jeune, il est fréquent qu’il veuille rechercher l’approbation et la revalorisation lorsqu’il devient adulte, afin d’établir des bases solides pour une estime de soi valable. N’ayant pas connu des relations interpersonnelles enrichissantes, mais surtout significatives, dans la période de l’enfance, l’individu cherche à connaître un(e) conjoint(e), un ami, qui saura l’admirer et lui révéler ses qualités et ses ressources personnelles cachées. Enfin, s’il ne réussit pas à se réaliser, l’individu pourrait compenser afin d’éviter d’entrer en contact avec sa souffrance. Il pourrait sombrer dans d’autres dépendances (ce qui est souvent le cas) telles l’alcoolisme, la toxicomanie, la dépendance au travail, etc.

Le dépendant affectif se réalise à travers l’autre. Mais il y a un autre aspect à la dépendance affective et c’est celle de se sentir responsable du bonheur de l’autre. Combien de fois, dans mon cabinet de psychologue, n’ai-je pas entendu plus d’une femme d’alcoolique ou de toxicomane me dire ou le vivre inconsciemment : « je vais tellement aimer mon mari, qu’il va arrêter de consommer à cause de moi, qu’il va changer son comportement ». Ces deux aspects de la dépendance affective ont pour but de chercher et retrouver une source de valorisation personnelle (ne serait-il pas extraordinaire de « sauver » l’autre ?), de justifier sa raison d’être à travers l’autre et donc d’atteindre le bien-être. Mais attention chez le dépendant affectif, tout cet exercice, tout ce déploiement d’énergie sont en place afin, souvent, de combler un vide intérieur. Il dépend donc de beaucoup de monde : amis, parents, conjoint et dévie de ses propres besoins à combler. Il abandonne ses intérêts personnels pour se centrer sur quelqu’un qu’il considère comme plus important que lui. Il va se plier au moindre désir de l’autre. Cela peut même aller jusqu’à devenir victime de manipulation et accepter l’inacceptable. Jusqu’où cette réalité du dépendant affectif peut-elle mener ?

La dépendance affective n’est pas moins pire qu’une autre dépendance, car elle porte son lot de souffrances. Parlez-en aux dépendants affectifs eux-mêmes. La dépendance affective, c'est, en bref, compter sur une autre personne pour se développer (affectivement, socialement, personnellement). N'exister que par l'autre. Compter sur l'autre pour son propre bonheur... À ce compte, je la compare à toutes les autres dépendances. La "substance" consommée est humaine, sexuelle, affective.

Dans ce contexte, l'amour peut-il devenir une drogue ?

La thérapeutique: être d'abord heureux pour soi, combler ses propres besoins et ainsi le couple finira par en bénéficier. Installer un genre de détachement émotif, c'est-à-dire vous approprier vos propres émotions, les assumer, se changer de l'intérieur; ensuite, la transformation de votre personne deviendra un objet d’attrait pour les autres autour de vous. Ne déviez jamais de l'idée de combler vos propres besoins, d'avoir vos propres activités et de ne pas déroger à faire ce que vous devez faire, pour vous.

À : Jeanne
De : Carole, sur Babaillard, le 2001-03-27 @ 12:55:52

« Je viens d'aller relire ton message sur la dépendance affective et je suis très fortement en accord avec toi lorsque tu dis que la dépendance affective est le contraire de l'amour...

Ont tente d'aller chercher des choses, des personnes, de l'extérieur, pour combler nos besoins, nos attentes que nous nous créons... »






Séparation

par

Jean-Pierre Rochon M. Sc., psychologue

courriel : rochon@psynternaute.com

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