Poignet entouré de câbles lumineux, métaphore des otages du Web
Le Psynternaute

Les otages du Web

« Les otages du Web » : portrait des cyberdépendants québécois, des mécanismes de la dépendance à Internet et des trois grands profils observés en clinique.

Un bagne où le boulet serait la souris, et la cellule, le monde virtuel ? Pour les plus accros, Internet est parfois devenu exactement cela. Cet article revient sur le phénomène des « otages du Web » — ces personnes qui ne peuvent plus se passer de leur ordinateur et de leur connexion.

Des cyberdépendants comme vous et moi

Ils sont jeunes, plutôt scolarisés et à l'aise financièrement. Ce sont les cyberdépendants : des gens ordinaires qui ne peuvent plus se passer de leur écran. Selon les estimations cliniques de l'époque, près de 6 % des internautes pouvaient souffrir, à des degrés divers, de ce phénomène. Pour les plus touchés, le Web devenait une prison où la famille et les amis étaient relégués au second plan.

Un cas qui a marqué les esprits

En 1999, un quotidien européen rapportait l'un des cas les plus troublants de cyberdépendance : un homme avait dû être hospitalisé après avoir navigué pendant trois jours sans interruption. Il souffrait de confusion mentale, d'hallucinations et de délires. Des patients de ce type, les cliniciens spécialisés en commençaient à en rencontrer régulièrement — y compris des personnes qui s'envoyaient des courriels à elles-mêmes pour entretenir l'activité.

Un phénomène observé dès 1995

L'intérêt clinique pour la cyberdépendance remonte au milieu des années 1990. Sur les premiers salons de clavardage, on retrouvait, jour et nuit, les mêmes personnes. C'est en entrant en contact avec elles, pour comprendre ce qui les retenait là, que l'étude du phénomène a véritablement commencé. Le cyberdépendant néglige sa vie réelle et ses relations interpersonnelles pour consacrer tout son temps à l'écran.

Trois profils de cyberdépendance

L'observation clinique a permis de dégager trois grandes catégories de cyberdépendants :

  • Les affectifs : certaines personnes envoient des dizaines de messages par jour à un proche, dans une quête permanente de contact et de réassurance.
  • Les sexuels : l'usage compulsif de contenus ou de relations en ligne à caractère sexuel, où les hommes sont nettement surreprésentés.
  • Les ludiques : jeux, achats et acquisitions compulsives qui happent toute l'attention.

Dans tous les cas, Internet agit un peu comme une substance : il fait perdre la notion du temps et de l'espace, et son absence provoque souvent une humeur dépressive.

Que retenir aujourd'hui ?

Vingt-cinq ans plus tard, le décor a changé — smartphones, applications, réseaux sociaux — mais le portrait reste saisissant d'actualité. Les « otages du Web » d'hier ressemblent étrangement à certains usages compulsifs d'aujourd'hui. Pour comprendre les mécanismes en jeu, consultez notre page La cyberdépendance, et pour les pistes d'aide, la page Traitements. Des ressources complémentaires sont disponibles auprès de l'American Psychological Association.

Cet article restitue, de mémoire et à des fins documentaires, un reportage de presse paru au début des années 2000 sur la cyberdépendance au Québec.