La cyberdépendance est un phénomène relativement récent dans l'histoire de la psychologie : la dépendance à l'informatique, à Internet et aux écrans. Comme toute dépendance, elle s'enracine dans des mécanismes que les cliniciens connaissent bien — l'obsession et la compulsion.
Un trouble de la sphère obsessionnelle-compulsive
Un individu qui fait face à un problème de dépendance est une personne qui souffre de troubles de type obsessif-compulsif. Une idée ou une pensée devient peu à peu omniprésente, jusqu'à s'amplifier en véritable obsession. Cette obsession est ensuite suivie de la compulsion : un comportement répétitif, souvent irrationnel et illogique, générateur de souffrance.
L'individu cyberdépendant est généralement conscient de son obsession, mais il peut difficilement se sortir d'une dynamique qu'il a lui-même créée. Il néglige progressivement ses activités dans les autres secteurs de sa vie pour consacrer tout son temps devant l'écran. Il est pris dans un engrenage qui l'amène peu à peu à fuir la réalité.
Le portrait type — et son évolution
À l'origine, dans les années 1990, le portrait type de l'internaute dépendant se décrivait ainsi : un individu de sexe masculin, âgé de 25 à 35 ans, scolarisé, financièrement capable de se doter d'un ordinateur coûteux, et qui passe un nombre incalculable d'heures devant son écran. Il s'isole graduellement, néglige ses amis, son conjoint ou sa famille, et développe un comportement compulsif.
Son système informatique exerce sur lui une vive fascination. Sa curiosité et sa soif d'apprendre sont renforcées par le pouvoir d'explorer le monde et d'y recueillir une vaste quantité d'informations. Attablé devant son appareil, il a la sensation de subjuguer le temps, de le transcender. Il s'isole dans un monde qui devient le sien : il est happé par le système, avec l'impression de vivre une vraie communication, d'être en communion avec quelqu'un par le biais de l'écran.
Aujourd'hui, ce portrait s'est élargi. Le téléphone intelligent a rendu l'accès permanent ; les réseaux sociaux, les jeux et le contenu en continu touchent désormais tous les âges et tous les genres. Le mécanisme, lui, n'a pas changé.
Les formes de la cyberdépendance
La dépendance à Internet n'est pas monolithique. On distingue habituellement plusieurs profils :
- La cyberdépendance affective : besoin compulsif de contact, de messagerie, de validation relationnelle à distance.
- La cyberdépendance sexuelle : usage compulsif de contenus ou de relations en ligne à caractère sexuel.
- La cyberdépendance ludique : jeux vidéo, jeux de hasard en ligne, achats compulsifs.
À ces formes se sont ajoutées, avec le temps, la dépendance aux réseaux sociaux et au défilement infini (« scroll »), ainsi que l'usage compulsif du courriel et des notifications professionnelles.
Reconnaître les signes
Plusieurs signaux peuvent alerter :
- Une perte de la notion du temps passé en ligne ;
- Des tentatives répétées et infructueuses de réduire son usage ;
- De l'irritabilité, de l'anxiété ou de la tristesse lorsqu'on ne peut se connecter ;
- La négligence du sommeil, du travail, des études ou des relations ;
- Le mensonge ou la dissimulation au sujet du temps réellement passé en ligne.
Vous vous interrogez ? Notre questionnaire d'autoévaluation propose une première piste de réflexion. Pour comprendre les mécanismes communs à toutes les dépendances, consultez aussi la page Dépendances.
Quand consulter
La cyberdépendance se traite. Les approches qui ont fait leurs preuves dans les autres dépendances — notamment la thérapie cognitivo-comportementale — s'appliquent également ici. Si l'usage d'Internet nuit durablement à votre vie, parler à un professionnel est la meilleure première étape. L'American Psychological Association et le National Institute of Mental Health publient des ressources de référence sur les usages problématiques des technologies. Découvrez aussi nos repères sur les traitements.