Au milieu des années 2000, bien avant le téléphone intelligent tel qu'on le connaît, un petit appareil de poche professionnel a commencé à créer chez ses utilisateurs une véritable accoutumance. Cette chronique se penchait, à l'époque, sur ce phénomène annonciateur.
Ils sont partout
Dans l'ascenseur, au restaurant, au théâtre, sur la route, dans l'avion, dans le métro : les utilisateurs compulsifs d'assistants numériques de poche étaient déjà partout. On les avait même surnommés, par un clin d'œil à une drogue tristement célèbre, les « accros au clavier ». Le petit appareil créait en effet, chez beaucoup, une dépendance bien réelle.
Un objet conçu pour fasciner
Ces assistants numériques avaient tout pour plaire : un tout-en-un de la technologie permettant de rester au fait de tout, partout. Leur efficacité était telle que des organisations entières — ministères, grandes entreprises — abandonnaient d'autres outils pour les adopter. L'appareil promettait de ne jamais rien manquer ; c'est précisément cette promesse qui le rendait si difficile à lâcher.
De l'accoutumance, vraiment ?
Pour les spécialistes de la cyberdépendance, il n'y avait là rien d'étonnant. « Une accoutumance à ce type d'appareil ressemble à n'importe quelle autre dépendance », expliquait-on alors. Comme avec les substances que le consommateur utilise pour éviter le manque, l'utilisateur développe le besoin de consulter sans cesse son appareil pour s'assurer de ne rien rater. Et comme toute autre dépendance, cette accoutumance prend la forme d'une compulsion.
Le lien avec l'ergomanie
On pouvait penser que les personnes dépendantes de ces appareils présentaient souvent d'autres difficultés, telles que l'ergomanie — la dépendance au travail. L'ergomane privilégie avant tout la productivité, et l'appareil de poche répondait parfaitement à ce besoin. L'impossibilité de le consulter pouvait engendrer de l'angoisse, de la culpabilité, voire une forte sensation de manque.
Comment reprendre le contrôle ?
La chronique proposait déjà des pistes qui restent valables :
- Reconnaître l'usage compulsif plutôt que de le banaliser ;
- Définir des moments et des lieux sans appareil ;
- Distinguer l'urgence réelle de l'urgence ressentie ;
- Réinvestir des activités et des relations hors écran ;
- Demander de l'aide si l'usage devient incontrôlable.
Un signe avant-coureur
Avec le recul, cette chronique annonçait l'ère que nous vivons aujourd'hui, celle de la connexion permanente. Les mécanismes décrits — la peur de manquer, la consultation compulsive, l'angoisse de la déconnexion — sont devenus le quotidien de millions de personnes. Pour approfondir, consultez nos pages sur la cyberdépendance et sur les traitements. Le National Institute of Mental Health propose également des ressources sur le bien-être à l'ère numérique.